El fin

Et pour les esprits cartésiens, quelques chiffres :

7547 km
210 jours de voyage
60 km/jour sur une étape normale
11,5 km/h de moyenne (oui je sais, moi aussi j’ai trouvé ça vexant)
11 000 vues sur le blog
18 nuits à l’hôtel
37 nuits passées chez l’habitant
155 nuits sous la tente
6 pays traversés
3 crevaisons
57°C d’amplitude thermique (-15°C/+42°C)
4800 m d’altitude maximale
3 mois au dessus de 3500 m
1 appareil photo volé
80,49 km/h de vitesse de pointe (ça fait peur)
45 kilos de bagages minimum
70 kilos de bagages maximum (avec eau et nourriture)
139 soupes en sachet
275 Go de photos & vidéos

Merci à tous pour votre soutien immense et votre enthousiasme, pour votre présence fidèle. Vous nous avez aidés à vivre ce rêve, nous vous en offrons un peu en retour à travers cette petite vidéo. Le moyen-métrage suivra, dans quelques mois !

Sédentaires

Cela fait un mois que nous sommes arrivés à destination, un mois que notre tente dort au fond d’un garage et que nos vélos se sentent bien légers lors de nos occasionnelles sorties. Et nous, on se sédentarise en rasant les murs, parce que maintenant on en a des murs.

On retiendra plusieurs choses, en plus des milles sourires et des milles paysages…

C’était dur, bien sûr, mais pas dans le sens négatif du terme. C’était dur, de cette difficulté qui fait se dépasser, de cette difficulté qui soude, de cette difficulté qui rend fier. C’est parce que c’était dur qu’on a aimé ça et qu’on en redemande. On avait peur de cette difficulté, on sait maintenant que ce voyage, on ne l’aurait pas voulu facile. On le préfère comme ça, avec un sale gout de sueur et de violentes émotions. Quand c’est dur tout est plus beau, plus intense.

Trouver son rythme est essentiel. Pour le vélo bien sûr, mais pas que. Il faut trouver son rythme à deux, il faut trouver son rythme de découverte, de voyage. Comprendre ce qui nous a poussé à partir, choisir ce qui nous fera avancer demain. Oser passer à côté d’une merveille sans la voir pour s’émerveiller après d’un banal bout de montagne. Oser choisir un défi bien trop dur pour nous et aller au bout à force de vouloir et de lenteur. Ça nous a prit du temps pour le trouver, ce rythme, mais la lenteur est plus qu’un nombre de kilomètres journalier, c’est presque une définition de notre vie de nomades.

Enfin, et c’est sans doute ce que nous placerons au-dessus du reste, nous avons été libres comme jamais nous ne l’avions été avant. L’autonomie procurée par le vélo, le bonheur de vivre de peu, la chance d’avoir un corps qui nous porte jusqu’en haut et la volonté farouche de franchir montagnes et déserts, tout cela a contribué à cet incroyable sentiment de liberté qui nous a habité pendant cette aventure. Une ivresse, une liberté profonde.

Bien sûr tout n’est pas toujours facile… Nous sommes conscients d’avoir choisi un peu naïvement de faire ce que d’autres considèrent comme une énorme galère de six mois. Et par certains cotés ce fut le cas. Parfois la frontière est mince entre l’extraordinaire et le trop-ordinaire, entre le découragement et le dépassement, la seule différence tient dans l’envie qu’on a de poser sur le monde un œil beau.

Il y aurait tant d’autres choses à dire, tant d’anecdotes à raconter et de folies à revivre. N’hésitez pas à nous payer une bière, on vous racontera tout ça avec plaisir, des étoiles dans les yeux.

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6.6 La ligne d’arrivée

Ils étaient tous là ou presque, agitant joyeusement des pieds et des mains sous une folle banderole. Et sans qu’on comprenne trop pourquoi, l’émotion nous a saisi. Ça y est, la ligne d’arrivé a été franchie, c’est fini…
C’était un kilomètre comme les autres à travers la campagne détrempée, mais c’était le dernier. On est fiers, un peu mélancoliques, encore perdus. Quelle aventure !

 

IMG_2475Toujours amoureux après 7547 kilomètres et une douche !

IMG_2345Comité d’accueil

6.5 Peloton

Jeudi, 21h. Quelques gouttes, puis la pluie s’installe. Espérons qu’elle ne dure pas… A la gare de Limoges, nous récupérons trois amis venus pédaler avec nous pour ce week-end prolongé, puis plongeons dans la nuit trempée pour aller trouver un champ et monter les tentes.

La pluie cessera 80 heures plus tard.

En 3 jours, nous avons eu plus d’eau qu’en 6 mois d’Amérique. Seuls, cela nous aurait sans doute affecté, mais c’est tellement plus chouette de galérer entre amis ! Entre fous-rires et joie de se retrouver, on oublie vite que ça mouille. Même quand leurs sacs de couchage sont trempés…

Pour la dernière semaine, nous avons été rejoints par Papa Napo pour 5 jours de vélo entre canaux et Morvan, sous un ciel un peu plus clément. Là encore ce fut chouette de réapprivoiser doucement la compagnie, de sortir en douceur de notre état d’ours des bois. Quelle joie de discuter avec des gens qui, parce qu’ils sont là, peuvent comprendre un peu de ce que nous avons vécu..!

Ce fut pour nous un grand moment que d’être accompagnés pour les 500 derniers kilomètres. Un grand merci à notre peloton souriant, vous avez roulé comme des chefs (et souvent plus vite que nous !), on vous aime cœur cœur bisou câlin.

IMG_2082Le soleil est dans les cœurs

IMG_2100Bronzages (hiver parisien vs. balade sur les routes)

IMG_2096Joyeux peloton

IMG_2184Père et fils

IMG_2250Bivouac de l’an 2000

 

6.3 La France du Général

Quel plaisir de retrouver la France… qui l’eut cru !? Après six mois passés loin du sol de notre enfance, nous voilà de retour. Nous avons passé la frontière à Bourg-Madame, et entamé depuis une (lente) remontée vers la Bourgogne.

Tout est facile ici, on trouve des commerces dans chaque village et la signalisation est d’une précision diabolique. Et la plupart des gens parlent français (même si les gens du coin parlent de “poches” et de “chocolatines”) !

Quel bonheur de pouvoir rouler côte-à-côte sur ces routes minuscules (mais goudronnées !) où nous ne sommes dépassés que trois fois par heure par des voitures bienveillantes.

Ici aussi les gens n’ont pas fini de nous surprendre. Nous nous faisons réveiller en pleine nuit par des gendarmes pour “occupation illégale d’une propriété privée”, et le lendemain nous rencontrons Jacques et Bernadette (!), des retraités tellement généreux qu’on passe quatre jours chez eux alors qu’on venait simplement remplir nos bouteilles d’eau !

Il nous a fallu partir loin et longtemps pour nous apercevoir à quel point notre pays est beau… Nous traversons dans ces régions que nous ne connaissions pas des paysages vallonnés et colorés et des panoramas sans cesse renouvelés.
Prochaine étape : Limoges, où nous retrouvons nos copains pour partager un bout de route !

6.1 Pyrénées

L’aventure pyrénéenne, nous la pensions comme une miniature de l’aventure andine, elle fut en fait assez différente.

L’approche à travers la Catalogne fut pleine de la joie de retrouver les belles choses de l’Europe. Ça monte et ça descend, c’est vert et tous les cinq à dix kilomètres, on croise des villages authentiques et des fontaines d’eau claire. Après la monotonie de la sèche pampa argentine, tout ici nous parait intéressant, neuf, beau.
Puis nous avons passé deux cols en deux jours : le col de la Creueta (1888m) et le col de Puymorens (1915m) du côté français. Ce ne fut pas à proprement parler facile, surtout quand une averse de grêle nous attendait en haut, mais les Andes nous ont forgé des mollets d’acier… Trente kilomètres de montée ne sont plus maintenant qu’une rude formalité ! Et comme toujours en montagne, la beauté des lieux nous pousse vers l’avant. Nous avons en revanche eu assez froid ; les six matins de suite nous avons eu à casser la glace dans notre petite bassine de plastique rouge.

Une descente échevelée et une longue étape française plus tard, nous voici à l’Abbaye du Pesquié où nous avons retrouvé Marguerite, la petite soeur de Paul, un accueil royal et un repos bienvenu. Prochaine étape : traverser la France.

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5.6 ¡Adiós Argentina!

Au revoir Argentine ! On reviendra c’est certain. Il y a des pays qui nous parlent et nous comblent, tu étais de ceux-là.
On a aimé tes paysages et ton immensité, ta sauvagerie, tes gauchos et tes musiciens, mais on retiendra particulièrement la chaleur des gens d’ici. Comme nous le disait Omar sur la route 188, “la casa es chiquita pero el corazón es grande” (la maison est toute petite mais le coeur est grand).

Oh bien sûr on a ralé contre la chaleur et le sable, contre le vent et la pampa sans fin, et contre les automobilistes fous. Mais l’Argentine, on ne l’aurait pas voulu autrement.

L’Argentine, on l’a aimée. Puis il a bien fallu monter dans un avion pour Barcelone, pour continuer notre vie de nomade de l’autre côté de l’océan. Il faudra se réhabituer à avoir froid et à chercher des yeux la Grande Ourse à la place de la Croix du Sud.
Le plus important, c’est que l’aventure continue !

 

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